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Conte de Donat, le petit forgeron de Vallorbe

Composé d'après des sources locales par Philippe-Sirice Bridel (1757-1845), pasteur à Montreux et illustré pour la Fondation des Grandes Forges par Julie Collet, graphiste illustratrice.

Parmi les ouvriers des forges de Vallorbe était un garçon de 18 ans nommé Donat. Il était beau, robuste, adroit, hardi jusqu'à la témérité ; mais il passait aussi pour être plein de jactance et de présomption, et incapable de garder un secret. Pour vous dire en quel temps il vivait, c'est si ancien que la date en est perdue ; mais peu importe. Au-dessus de Vallorbe, dans les escarpements du Jura, s'ouvre une grande caverne, dans laquelle personne n'osait entrer, parce qu'on la disait habitée par des Fées, qui ne laissaient pas pénétrer impunément dans leur demeure souterraine : l'une d'elles se faisait voir de loin chaque dimanche des Rameaux, menant en laisse une brebis blanche comme la neige, si l'année devait être abondante, ou une chèvre noire comme un corbeau, si l'année devait être frappée de mauvaises récoltes et par conséquent de disette. Une autre, ou peut-être la même, venait en été se baigner à minuit dans le beau bassin de la source de l'Orbe, sous la garde de deux loups qui écartaient les curieux.

Donat passait aussi pour être plein de jactance et de présomption...

En hiver, quand les ouvriers s'étaient retirés, elles entraient dans les forges pour se chauffer, et un coq vigilant annonçait par son chant, une heure d'avance, le retour des forgerons, pour qu'elles eussent le temps de s'échapper. On convenait que ces dames étaient belles, grandes et bien faites, que leur habillement se composait d'une robe blanche qui traînait jusqu'à terre et qui cachait toujours leurs pieds, que leur chevelure épaisse et longue flottait sur leurs vêtements et leur servait comme de manteau. Leur voix était harmonieuse et douce, au dire de ceux qui prétendaient les avoir entendues chanter.

En hiver, les Fées entraient dans les forges pour se chauffer...

Donat, ayant soigneusement recueilli toutes ces traditions, résolut de pénétrer dans la caverne à travers les halliers serrés qui en dérobaient l'entrée. Un dimanche matin, sans communiquer à personne sa tentative, il gravit les rochers, perce une lisière de ronces et de buissons, et entre dans la caverne, qu'il trouve déserte et sombre. Il la parcourt en tout sens, et allait en sortir, quand il aperçoit une fente dans le rocher, assez large pour qu'on pût y passer en s'aidant des pieds et des mains. Il s'y glisse et arrive au second étage de cette singulière grotte. Là il trouve dans un coin un lit de mousse et de fougère ; il en profite pour se reposer, et ne tarde pas à s'endormir.

Donat s'aventure dans les halliers...

A son réveil, la caverne est éclairée. A ses côtés, il voit une belle dame enveloppée de sa longue chevelure blonde et suivie de deux mignonnes levrettes. La Fée, qui l'avait regardé à loisir pendant son sommeil, lui tend gracieusement sa blanche main, et lui dit d'une voix qui allait au coeur : « Donat, tu me plais ! Veux-tu rester avec moi ? Je te rendrai heureux pendant un siècle : je te donnerai la connaissance des métaux précieux, des herbes qui rendent la santé, et de plusieurs secrets mystérieux ; tu seras reçu dans la compagnie de mes soeurs des grottes de Montcherand, qui bientôt partageront avec moi le soin de t'instruire, de t'amuser et de te dédommager de ce que tu laisses sur terre. » Le jeune forgeron accepte la proposition avec joie et reconnaissance.

A ses côtés, il voit une belle dame enveloppée de sa longue chevelure blonde...

« Mais, dit la dame, je mets une condition nécessaire à notre pacte, c'est que tu ne me verras que quand il me plaira de paraître à tes yeux ; si je me retire dans quelque autre partie de ma demeure, tu ne chercheras point à y pénétrer; car si tu le faisais, je t'abandonnerais pour toujours, et tu aurais à t'en repentir toute ta vie. Tiens, voilà deux bourses ; chaque jour que je serai contente de toi, je mettrai dans l'une une pièce d'or et dans l'autre une perle. »

Donat fut enchanté de cette promesse, et pendant quinze jours, il reçut chaque soir la perle et la pièce d'or. Quand on entendait la cloche de midi de l'église de Vallorbe, un caveau fermé s'ouvrait et Donat y dînait avec la belle dame, qui le servait, sans qu'il parût jamais aucun domestique. La table était abondante et délicate : truites de l'Orbe, chevreuil du Jura, gibier de Pétra-Félix, crème de la dent de Vaulion, miel de l'Abbaye du Lac, vin d'Arbois, fruits des montagnes et de la plaine... rien n'y manquait. Quelquefois la belle dame, pour l'amuser, lui racontait des histoires souterraines ; d'autres fois elle lui chantait des ballades en patois de Vallorbe et de Romainmôtier ; puis elle se retirait par une porte placée à l'un des angles de la salle à manger, mais il ne devait pas la suivre.

Peu à peu, Donat trouva le temps long ; la solitude dans laquelle il restait isolé quand la Fée s'éloignait lui devint ennuyeuse. Son imagination lui persuade que ces souterrains doivent offrir des scènes plus extraordinaires que celles dont il est témoin, et sa curiosité l'engage à se glisser furtivement dans les lieux qui lui sont interdits.

Peu à peu, la solitude lui devint ennuyeuse...

Après le dîner du seizième jour, où la Fée avait été encore plus aimable qu'à l'ordinaire, elle sortit selon sa coutume, et entra dans un cabinet voisin pour y faire sa méridienne ; mais, soit par dessein, soit par mégarde, elle n'en ferma pas entièrement la porte.

Quant Donat la crut endormie, il s'approcha sur la pointe des pieds de la porte entr'ouverte, la poussa très légèrement et vit la Fée sommeillant sur un beau lit de velours ponceau. Sa longue robe était un peu relevée, et il remarqua, à sa grande surprise, qu'elle avait le pied sans talon, précisément comme une patte d'oie... Il se retirait tout doucement, lorsqu'une des levrettes cachées sous le lit de sa maîtresse se mit à japper. La Fée se réveille, voit Donat et lui crie : « Arrête, malheureux ! J'étais contente de toi jusqu'à ce moment ; à la fin de ce premier mois d'épreuve, j'avais le dessein de te prendre pour mon époux, et de partager avec toi ma puissance, mes secrets et mes richesses. Pars incessamment ; retourne à la suie de ta forge ; comme je ne reprends pas ce que j'ai donné, emporte tes deux bourses ; oublie tout ce que tu as vu et entendu dans ma grotte, et si jamais tu le révèles à qui que ce soit, ton châtiment suivra de près. »

Donat vit la Fée sommeillant sur un beau lit de velours ponceau...

La dame disparaît ; toutes les lumières s'éteignent. Donat, resté seul dans les ténèbres, cherche en tâtonnant et trouve enfin la scissure par laquelle il était monté du premier étage au second. En passant sous le portique taillé dans le roc, il entend une voix qui crie: « Donat ! Silence ou punition ! ».

Rentré dans les forges, où l'on ne savait ce qu'il était devenu, on l'interroge sur son absence ; il raconte tout ce qui lui est arrivé, parle des trésors de la Fée, de ses bontés pour lui, de ses promesses de mariage, non sans se moquer de ses pieds en patte d'oie, et ajouter des circonstances et des détails par lesquels son amour-propre compromettait l'exacte vérité. Les forgerons rient de lui ; les uns l'appellent visionnaire, les autres le qualifient de menteur ; plusieurs lui demandent des preuves de ce qu'il avance si hardiment... « Eh bien, je vais vous en donner ! » et il tire ses deux bourses ; mais quel est son étonnement et sa confusion ! Celle qui renfermait des pièces d'or n'a plus que des feuilles d'alizier ; celle où il avait mis les perles ne contient que des baies de genévier...

La bourse qui renfermait des pièces d'or n'a plus que des feuilles d'alizier...

Alors Donat, honteux et désespéré, prend le parti de quitter le pays, et dès lors on n'en a plus entendu parler dans les forges de Vallorbe. La Fée, voyant sa demeure découverte et le secret de ses pattes d'oie divulgué, alla chercher une autre demeure ; mais en souvenir de son séjour, son nom est resté à la caverne ; de nos jours encore on l'appelle la grotte aux Fées, et l'on y conduit les voyageurs, qui en admirent la sombre étendue et l'informe architecture ; la plupart ne visitent que le plain-pied ; peu ont le courage de monter par la fente étroite qui débouche dans l'étage supérieur.

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